2005/07/23

La honte des grossesses

"Je voulus l'examiner, mais elle perdait tellement de sang, c'était une telle bouillie qu'on ne pouvait rien voir de son vagin. Des caillots. Ça faisait "glouglou" entre ses jambes comme dans le cou coupé du colonel à la guerre. Je remis le gros coton et remontai sa couverture simplement.
La mère ne regardait rien, n'entendait qu'elle-même. "J'en mourrai, Docteur! qu'elle clamait. J'en mourrai de honte!""
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

Il fait froid dehors

"Elle était gaie la vieille Henrouille, mécontente, crasseuse, mais gaie. Ce dénuement où elle séjournait depuis plus de vingt ans n'avait point marqué son âme. C'est contre le dehors au contraire qu'elle était contractée, comme si le froid, tout l'horrible et la mort ne devaient lui venir que de là, pas du dedans.

[...] Allez-vous-en de chez moi!... À me tracasser vous êtes plus méchants que l'hiver de six mois!"

- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

2005/07/13

Je fais le père, je fais la mère, comment veux-tu que je ne maigrisse pas: A+

2005/07/12

Patience Pb, il ne reste que 200 pages avant le bout de la nuit.

2005/07/09

Superbe description:

Pour voir le soleil, faut monter au moins jusqu'au Sacré-Coeur, à cause des fumées.
De là alors, c'est un beau point de vue; on se rend bien compte que dans le fond de la plaine, c'était nous, et les maisons où on demeurait. Mais quand on les cherche en détail, on les retrouve pas, même la sienne, tellement que c'est laid et pareillement laid tout ce qu'on voit.
Plus au fond encore, c'est toujours la Seine à circuler comme un grand glaire en zigzag d'un pont à l'autre.
Quand on habite Rancy, on se rend même plus compte qu'on est devenu triste.
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

"Pour la quitter il m'a fallu certes bien de la folie et d'une sale et froide espèce. Tout de même, j'ai défendu mon âme jusqu'à présent et si la mort, demain, venait me prendre, je ne serais, j'en suis certain, jamais tout à fait aussi froid, vilain, aussi lourd que les autres, tant de gentillesse et de rêve Molly m'a fait cadeau dans le cours de ces quelques mois d'Amérique." - Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

Sur le bilan d'une vie, comparez:
"Et si je meurs demain, c'est que tel était mon destin." - Brigitte Bardot chantant Harley Davidson

Amusant contraste. Cette chanson fait d'une moto le but de la vie, alors que le roman fait du contact avec les autres la principale, sinon la seule richesse de la vie.

"Je n'ai besoin de personne en Harley Davidson."

Bardamu observe une Américaine pleurer:

C'est un peu humiliant, mais tout de même, c'est bien du chagrin, c'est pas de l'orgueil, c'est pas de la jalousie non plus, ni des scènes, c'est rien que de la vraie peine du coeur et qu'il faut bien se dire que tout ça nous manque en dedans et que pour le plaisir d'avoir du chagrin on est sec. On a honte de ne pas être riche en coeur et en tout et aussi d'avoir jugé quand même l'humanité plus basse qu'elle n'est vraiment au fond.
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit


Peut-être la première lueur positive dans ce roman, et encore, elle est dans le chagrin.

""On placera nos économies... on s'achètera une maison de commerce... On sera comme tout le monde..." Elle disait cela pour calmer mes scrupules. Des projets. Je lui donnais raison. J'avais même honte de tant de mal qu'elle se donnait pour me conserver."
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

"Après c'était tout à fait froid entre nous deux dans son auto. Les rues que nous franchissions nous menaçaient comme de tout leur silence armé jusqu'en haut de pierre à l'infini, d'une sorte de déluge en suspens. Une ville aux aguets, monstre à surprises, visqueux de bitumes et de pluies. Enfin, nous ralentîmes. Lola me précéda vers sa porte.
"Montez, m'invita-t-elle, suivez-moi!""
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

2005/07/05

"Précairement vêtu je me hâtai, transi, vers la fente la plus sombre qu'on puisse repérer dans cette façade géante, espérant que les passants ne me verraient qu'à peine au milieu d'eux. Honte superflue. Je n'avais rien à craindre. Dans la rue que j'avais choisie, vraiment la plus mince de toutes, pas plus épaisse qu'un gros ruisseau de chez nous, et bien crasseuse au fond, bien humide, remplie de ténèbres, il en cheminait déjà tellement d'autres de gens, des petits et des gros, qu'ils m'emmenèrent avec eux comme une ombre. Ils remontaient comme moi dans la ville, au boulot sans doute, le nez en bas. C'était les pauvres de partout."
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

La découverte de l'Amérique

Après avoir traversé l'Atlantique en ramant dans une gallère, Bardamu arrive à New York.

Pour une surprise, c'en fut une. À travers la brume, c'était tellement étonnant ce qu'on découvrait [...]

Figurez-vous qu'elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.

On en a donc rigolé commes des cornichons. Ça fait drôle forcément, une ville bâtie en raideur. Mais on n'en pouvait rigoler nous, du spectacle qu'à partir du cou, à cause du froid qui venait du large pendant ce temps-là à travers une grosse brume grise et rose, et rapide et piquante à l'assaut de nos pantalons et des crevasses de cette muraille, les rues de la villes, où les nuages s'engouffraient aussi à la charge du vent.
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

Nunavut, Empire du Froid

Ici un lien vers le blogue d'un ami qui partira jeudi pour le Pôle Nord.

2005/07/04

Honte latine

Ce Mateo écrit trop bien. Cette fois, il parle de honte et mérite sa place ici:

Yo una vez conté un chiste mientras Natasha y ernesto tomaban y les salió la Fanta ® por la nariz. Juraron venganza. Ayer, mientras me bañaba, ernesto y Natasha tiraron una radio prendida adentro de la bañadera. Cuando, en el hospital, los acusé de intento de homicidio, ellos sacaron a colación el incidente de la Fanta y yo callé avergonzado.
- Mateo, Se exactamente lo que hago

2005/07/03

"Les indigènes eux, ne fonctionnent guère en somme qu'à coups de trique, ils gardent cette dignité, tandis que les Blancs, perfectionnés par l'instruction publique, ils marchent tout seuls.
La trique finit par fatiguer celui qui la manie, tandis que l'espoir de devenir puissants et riches dont les Blancs sont gavés, ça ne coûte rien, absolument rien." - Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

À Guy

"Mille diligents moustiques prirent sans délai possession de mes cuisses et je n'osais plus cependant remettre un pied sur le sol à cause des scorpions, et des serpents venimeux dont je supposais l'abominable chasse commencée. Ils avaient le choix les serpents en fait de rats, je les entendais grignoter les rats, tout ce qui peut l'être, je les entendais au mur, sur le plancher, tremblants, au plafond."
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

Le froid qui émascule

"À entendre certains habitués, notre colonisation devenait de plus en plus pénible à cause de la glace. L'introduction de la glace aux colonies, c'est un fait, avait été le signal de la dévirilisation du colonisateur." - Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

2005/06/26

"Tout le monde devenait, ça se comprend bien, à force d'attendre que le thermomètre baisse, de plus en plus vache." - Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

2005/06/25

Cruel et froid (bis)

Tout ce chapitre où Barmadu passe de l'Europe à l'Afrique est absolument brillant.

"Dans le froid d'Europe, sous les grisailles pudiques du Nord, on ne fait, hors les carnages, que soupçonner la grouillante cruauté de nos frères, mais leur pourriture envahit la surface dès que les émoustille la fièvre ignoble des Tropiques.[...]"

"D'ailleurs, dans la vie courante, réfléchissons que cent individus au moins dans le cours d'une seule journée bien ordinaire désirent votre pauvre mort, par exemple tous ceux que vous gênez, pressés dans la queue derrière vous au métro, tous ceux encore qui passent devant votre appartement et qui n'en ont pas, tous ceux qui voudraient que vous ayez achevé de faire pipi pour en faire autant, enfin, vos enfants et bien d'autres. C'est incessant. On s'y fait. Sur le bateau ça se discerne mieux cette presse, alors c'est plus gênant." Louis-Ferdinant Céline, Voyage au bout de la nuit

Cruel et froid

"Elle était heureuse de me retrouver ma mère, et elle pleurnichait comme une chienne à laquelle on a rendu enfin son petit. Elle croyait aussi sans doute m'aider beaucoup en m'embrassant, mais elle demeurait cependant inférieure à la chienne parce qu'elle croyait aux mots elle qu'on lui disait pour m'enlever. La chienne au moins, ne croit que ce qu'elle sent." - Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

Le froid, dernier refuge

"Pendant l'alerte, protégés dans leurs réduits, les locataires échangeaient des politesses guillerettes. Certaines dames en peignoir, dernières venues, se pressaient avec élégance et mesure vers cette voûte odorante dont le boucher et la bouchère leur faisaient les honneurs, tout en s'excusant, à cause du froid artificiel indispensable à la bonne conservation de la marchandise." - Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

"Je lui suggère peut-être seulement que je suis immonde. Je suis peut-être un artiste dans ce genre-là. Après tout, pourquoi n'y aurait-il pas autant d'art possible dans la laideur que dans la beauté? C'est un genre à cultiver, voilà tout." Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

Et Céline y parvient mieux que quiconque.

"Fortune elle s'était mise à faire en quelques mois, grâce aux alliés et à son ventre surtout. On l'avait débarassée de ses ovaires il faut le dire, opérée de salpingite l'année précédente. Cette castration libératrice fit sa fortune. Il y a de ces blennoragies féminines qui se démontrent providentielles. Une femme qui passe son temps à redouter les grossesses n'est qu'une espèce d'impotente et n'ira jamais bien loin dans la réussite." - Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

Et quelques années plus tard, on inventa la pilule.

2005/06/17

Merci, Gimpe, d'être là.

2005/06/16

Du sacrifice

Dans Des choses cachées depuis la fondation du monde, René Girard place le sacrifice à l'origine de toute culture. À mesure que nous prenons conscience de la gratuité du bouc émissaire, l'effet rassembleur du sacrifice diminue. Girard prévient qu'au lieu de délaisser le sacrifice, les hommes en viennent alors à multiplier les sacrifiés. Céline, apparament, a vu la même chose:

La religion drapeautique remplaça promptement la céleste, vieux nuage déjà dégonflé par la Réforme et condensé depuis longtemps en tirelires épiscopales. Autrefois, la mode fanatique, c'était "Vive Jésus! Au bûcher les hérétiques!", mais rares et volontaires après tout les hérétiques... Tandis que désormais, où nous voici, c'est par hordes immenses que les cris: "Au poteau les salsifis sans fibres! Les citrons sans jus! Les innocents lecteurs! Par millions face à droite!" provoquent les vocations. Les hommes qui ne veulent ni découdre, ni assassiner personne, les Pacifiques puants, qu'on s'en empare et qu'on les écartèles!
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

La honte des condamnés

"Lorsqu'elle découvrit à quel point j'étais devenu fanfaron de mon honteux état, elle cessa de me trouver pitoyable le moins du monde... Méprisable elle me jugea, définitivement.
Elle résolut de me quitter sur-le-champ."
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

La peur vient du froid

"Mais nous étions loin de là, titubants dans un idéal d'absurdités, gardés par les poncifs belliqueux et insanes, rats enfumés déjà, nous tentions, en folie, de sortir du bateau de feu, mais n'avions aucun plan d'ensemble, aucune confiance les uns dans les autres. Ahuris par la guerre, nous étions devenus fous dans un autre genre: la peur. L'envers et l'endroit de la guerre."
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

2005/06/15

La honte des livres

"D'avoir goûté ponctuellement les beignets pendant tout un mois, Lola avait grossi de deux bonnes livres! Son petit ceinturon témoignait d'ailleurs, par un cran, du désastre. Vinrent les larmes. [...] Je suggérai alors qu'elle abandonne son service à une collègue qui, elle, au contraire, rechercherait des "avantages". Lola ne voulut rien entendre de ce compromis qu'elle considérait comme une honte et une véritable petite désertion dans son genre."
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

Se frayer un chemin

Je croyais avoir oublié mon livre au fond d'une armoire. Or, je n'avais pas regardé plus loin que le bord de mon sac où il s'était terré. J'adore ce roman qui invente une poésie de la guerre qui n'a rien à voir avec l'épopée.

De certain, il n'y avait à opposer décidément à tous ces puissants que notre petit désir, à nous deux, de ne pas mourir et de ne pas brûler. C'était peu, surtout que ces choses-là ne peuvent pas se déclarer pendant la guerre.
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

"Je les déteste, je voudrais qu'ils brûlent."
- Myriosis, à tous vents.

Il m'arrive de penser que nous sommes tous condamnés, de notre point de vue dans l'existence, à suivre la trajectoire la plus longue possible, c'est-à-dire la moins périlleuse de toute, la plus ennuyante, pour assister bêtement aux trépas des autres qui, eux-mêmes, vivent dans les mêmes conditions.

Le Jours! Un de plus! Un de moins! Il faudrait essayer de passer à travers celui-là encore comme à travers les autres, devenus des espèces de cerceaux de plus en plus étroits, les jours, et tout remplis avec des trajectoires et des éclats de mitraille.
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

2005/06/14

Une bataille, mais pas la guerre

La soif m'a réveillé à 5 heures ce matin. Au bout de mon lit, le petit ventilateur soufflait sur mes pieds. Il me semblait entendre, malgré les bouchons dans mes oreilles, un bruit qui valait la peine que je m'y attarde. La pluie? Retirant un des bouchons, j'ai pu constater avec soulagement que l'eau tombait du ciel, transperçant sans appel le dôme de chaleur qui étouffait le pays.

J'ai bu trois verres d'eau, puis je suis retourné me coucher. Des éclairs brûlantes zébraient le ciel. La chaleur n'avait pas dit son dernier mot. Sur les bruits de cette bataille je me suis rendormi. Deux heures plus tard, transis, je m'abritais sous les couvertures.

Le froid avait gagné.

La honte des couleurs

C'est au moment d'acheter la peinture que j'ai soudainement changé d'idée: pas ce brun-là, plutôt celui-ci.

Et pendant que le commis mélangeait les teintes, je retournais le carton pour vérifier le nom du ton que j'avais choisi: selle espagnole.

Hilarité générale chez Rona: dans ma chambre il y aura du brun marde.

2005/06/13

Cruelle canicule

Pendant que les masses s'agglutinaient sur l'île Notre-Dame pour mieux vivre le smog et la canicule, je m'enfermais dans le nouveau logement pour étendre la peinture sur les murs. Nous épongions autant la sueur sur nos fronts que les éclats de couleur sur les boiseries.

Soudain, à la porte, cette jeune fille venue nous aider nous tendait toute heureuse des Mr Freeze chaudement accueillis. Livraison de froid à domicile.

Merci à tous ceux qui sont venus nous aider. Pour les autres, vous pouvez vous reprendre dans le courant de la semaine. Qui eût cru qu'un 4 et demi puisse être si long à peinturer?

2005/06/09

Mes dents de sagesse

À cause de ces orifices, de ces plaies ouvertes dans mes gencives, ma langue baignait dans un mélange d'eau salée, d'enzymes et d'acides aminées de tout acabit, bref, la soupe primordiale. Et la vie déjà s'installait.

Pendant mon sommeil, des algues sanguines croissaient dans cette vase et descendait le long de ma gorge. Je les récoltais à mon réveil avec un mouchoir.

Il n'en reste plus aujourd'hui que quelques gales poisseuses s'agrippant désespérément à mes orifices désormais colmatés. Après chaque repas, je les attaque à grands coups de rinçage à l'eau salée. Le règne de la mer morte. Plus rien ne grandit maintenant dans cette gorge.

2005/06/06

L'histoire de ma vie

"Ah l'envie de s'en aller! Pour dormir! D'abord! Et s'il n'y a plus vraiment moyen de partir pour dormir alors l'envie de vivre s'en va tout seule."
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

On n'a pas idée à quel point cette citation s'applique à moi.

L'imagination et la mort

"Quand on a pas d'imagination, mourir c'est peu de chose, quand on en a, mourir c'est trop. Voilà mon avis."
- Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

2005/06/05

Ma nouvelle chambre

Ma nouvelle chambre est pleine de promesse. Dans deux semaines je dormirai là.

chambre

Se cacher du froid

"Quand il fait très froid, non plus, il n'y a personne dans les rues; c'est lui, même que je m'en souviens, qui m'avait dit à ce propos: "Les gens de Paris ont l'air toujours d'être occupés, mais en fait, ils se promènent du matin au soir; la preuve, c'est que lorsqu'il ne fait pas bon se promener, trop froid ou trop chaud, on ne les voit plus; ils sont toujours dedans à prendre des cafés crème et des bocks. C'est ainsi!""
-Louis Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

2005/05/27

Le chasseur

"En fait, même s’il advenait qu’il trouve quelqu’un d’intéressant ce soir-là, dans l’esprit de tout le monde, il restera un homme seul. Comme un chasseur reste un chasseur même après avoir fait une belle prise."
- Xenodus

2005/05/26

Au bout de la nuit

J'ai pensé qu'après avoir lu un auteur juif, lire un auteur anti-sémite pourrait offrir un contraste intéressant. J'irai donc m'acheter Voyage au bout de la nuit, de Louis Ferdinand Celine. En attendant, je m'offre un livre ni chaud ni froid, Queer Theory: An Introduction, d'Annamarie Jagose.

Les idiots

Les idiots s'indignent comme des girouettes. Ils sont les girouettes de l'indignation.

2005/05/24

La chaleur

À la décharge de la chaleur, j'avouerai qu'il est plaisant de la sentir couler au fond des gorges.

cappuccino

2005/05/20

Travelo

Je suis entré jeudi dans une boutique à la mode pour m'y acheter un polo bien mérité. La boutique était nouvelle, tout y sentait le neuf, le plancher était lustré et les couleurs des vêtements, éclatantes.

Je me suis approché des polos et ai commencé à les feuilleter comme on bouquine. J'allais de spécimen en spécimen, les concidérant négligement d'un bref coup d'oeil, dans un triste effort pour avoir l'air aussi connaisseur que blasé. Un joli vendeur est alors venu me demander si je trouvais ma taille. Trouvant les small étrangement longs, je lui ai demandé de me chercher un x-small.

Dans la cabine d'essayage, il était très clair que mon corps n'entrerait jamais dans un polo aussi petit. Mes épaules, j'en étais flatté, étaient trop larges. Je suis donc ressorti de la cabine pour aller chercher le small, en expliquant la situation au vendeur qui me demandait si tout allait bien. Malheureusement le small n'allait pas du tout. Il tombait mal le long de mon corps. Il me paraissait difforme. Le retirant, je suis allé le remettre où je l'avais pris et c'est là que j'ai vu sur l'étiquette le mot suivant: girl.

Je suis sorti de cet endroit sur-le-champ, en catimini, la honte aux trousses.

2005/05/17

La terre promise

J'ai presque terminé The Apprenticeship of Duddy Kravitz et j'ai été forcé de me demander: Mais sapristi, n'y a-t-il donc pas du froid là-dedans? Et je me suis souvenu cette scène où Duddy, surpris par la tempête et la nuit près d'un lac de Sainte-Agathe, ne sait plus où trouver sa voiture et manque de mourir geler:

He tried the ice on the lake with his foot. It cracked. He urinated into a snow bank, writing his name. It's my land, he thought. But the wind began to cut quicker across the fields, suddenly the sun went out like a light, it was dark, and Duddy began to shiver. Jeez, he thought, why didn't I leave the car lights on?
- Mordecai Richler, The apprenticeship of Duddy Kravitz

Puis, juste un peu plus loin, Duddy perdu dans la neige. Le froid prend alors des allures inattendues:
His feet burned from the cold, his eyes felt as if they were stuffed with sand, and he began to think what in the hell am I doing lost in a blizzard, a Jewish boy?
- Mordecai Richler, The apprenticeship of Duddy Kravitz
Blizzard ou tempête de sable sur la terre promise?

2005/05/12

L'ouragan

Un ouragan est entré dans ma chambre et l'a détruite pendant mon absence. Notez l'absence de mur. Voyez la liberté du chat trônant dans les décombres.

2005/05/11

Ici la preuve que mes photos se rendent jusque dans Voir.

Bon sang, je me rends compte que je ne l'ai toujours pas annoncé ici: nous avons trouvé un appartement. Date du déménagement: 18 juin.
Tous les bras seront les bienvenus.

2005/05/10

Voici officiellement commencée la délicieuse saison des shorts. Toutes ces gens découvrant leurs jambes pour combattre le chaud...
Le froid n'a jamais été aussi beau.

2005/05/06

"Mais, bordel, vous savez, entamer le quart de siècle, ça endommage un homme.
Ça donne l'impression que quelque chose passe et que rien ne se passe." - Xenodus

2005/05/03

J'en ai assez des giboulées.

2005/05/02

Le mois des morts

Cette année, comme à chaque année, quand les arbres commenceront à fleurir, juste avant que le jardinier ne mette sa tondeuse en marche, j'irai déambuler dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges. La longueur de la lande donnera un air d'oubli aux stèles de granit. J'aurai le but avoué de trouver la tombe de Nelligan, qui traîne quelque part par-là.

Je me suis surpris un jour à considérer mai comme le mois des morts. Autour de moi, on me parlait de novembre. On oublie trop facilement qu'en ce mois-là personne ne doit être pressé de mourir. Alors qu'en mai... quel temps pour trépasser!

Mon rapprochement entre mai et la mort est cependant plus pratique que poétique. Si le mois de Marie est aussi le mois des morts, c'est bien parce qu'au départ du grand Froid, quand la terre retrouve sa souplesse de jouvencelle, il faut bien inhumer tous ces cadavres que l'hiver a empilés.

L'anima

Ce week-end j'ai flatté un chat, un chat qui n'était pas le chat de ma coloc, un félin différent qui s'appelait Félix. Or, Félix s'est rapidement mis à jouer avec ma main, affectant d'adopter les mêmes gestes que Némérel, pourtant inconnu. Soudain j'ai pensé qu'au fond, le chat, c'était peut-être moi, et que je n'attendais que ces pantins mous et poilus pour m'animer.
C'est un idée folle, bien sûr, mais j'ai tout de suite été charmé. J'ai parmi mes amis cette fille qui, où qu'elle aille, se retrouve à rammasser la merde des autres, ou encore cet homme que les pigeons tourmentent...
Curieux animae.

2005/04/25

Cold and Shame

Après Les aurores montréales, j'ai eu le goût de lire la ville sous un tout autre angle. Voici donc des citations de Mordecai Richler, The Apprenticeship of Duddy Kravitz. Comme quoi la honte et le froid sont universels.

"They arrived too soon and thirsty and proud, and immediately shamed their sons and daughters by waving and whistling at them."

"In Japan, when a man gets up to speak he has to hold ice-cubes in his hands, and he can only speak for as long as he can hold them."

Le Japon, bon sang... en plus ça fait un lien avec le roman de Mishima. Sapristi que toute est dans toute, comme dirait l'autre.

Un petit lien vers Google Sightseeing.

2005/04/15

Le poison

Voici comment le froid peut nous aider à empoisonner quelqu'un:

"'Alors voici votre thé', lui dit Noboru de derrière, en frôlant la joue de Ryûji avec une tasse de plastique brun foncé. L'esprit absent, Ryûji la prit. Il remarqua que la main de Noboru tremblait légèrement, probablement de froid."
- Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer

2005/04/13

Le rat

"- A-t-il fait quelque chose d'épatant, ton type, au cours de son dernier voyage en mer?
- He bien, il a dit qu'il avait subi une tempête dans la mer des Caraïbes.
- Pas possible! Je suppose qu'il a été trempé tel un rat qui se noie, comme le jour où il avait pris une douche à la fontaine d'eau potable du parc?"
- Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer

L'hiver n'est pas fini

Le marin rejeté par la mer m'a réservé une jolie surprise. Je n'avais pas remarqué que la première partie du roman s'intitulait "L'été", aussi on imagine mon agréable étonnement à mon arrivée sur cette page:

"Deuxième partie
L'hiver"

Voilà. Toute une moitié de livre consacrée à la saison froide.

Un logement, svp!

La recherche d'un logement pourrait à elle seule faire l'objet d'un blog. Vieille italienne un jour pluvieux, visite nocturne en panne d'électricité, rencontres inusités, les anecdotes sont nombreuses.

Pour la postérité, je l'affiche ici:
Nous cherchons au moins un 5 et demi, deux chambres fermées minimum, entrée laveuse-sécheuse, environ 800$ sans service, 850$ si chauffé, dans les environs des métros Jean-Talon, Beaubien ou Jarry.
S'abstenir:
toute forme de tapis industriel et de tuiles à l'italienne, au plancher comme au plafond;
toute forme de cage à poules, poulailler, immeubles à placards mal insonnorisés, avec liste de règlements dans le hall.

Nous sommes:
deux jeunes hommes sympathiques, éduqués, propres, solvables, tranquilles, sans cigarettes ni animaux.

2005/04/03

Le vide est froid

"Il était naturel que le vide de cette maison eût nourri les idées du chef sur le vide écrasant du monde. Noboru n'avait jamais vu une maison dont l'entrée et la sortie étaient aussi libres et s'étonnait d'y trouver tant de pièces froides."
- Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer

Le sexe des étoiles

"Il affirmait que l'appareil génital de l'homme était destiné à l'accouplement avec les étoiles de la Voie Lactée, que les poils du pubis qui leur poussaient au bas-ventre étaient les racines de couleur indigo des poils enfouis profondément sous la peau blanche et qui pousseraient au-dehors au moment du viol afin de chatouiller les débris d'étoiles remplies de honte."
- Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer

La honte du manger

"Tous ces garçons étaient des fils de bonnes familles. Les repas qu'ils avaient apportés étaient abondants et variés. Noboru avait un peu honte de ses sandwiches assez simples."
- Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer

2005/04/01

La chienne

Bon, une petite dernière avant de passer à un autre livre:

"Deux années d'absence, seulement, et voilà que j'ai perdu mes repères, voilà que je cours le mufle à terre et les sens en alerte, telle une chienne désorientée à la recherche de ses anciennes odeurs."
- Monique Proulx, Les Aurores montréales

Au fond, tout le printemps peut se résumer à de la sève qui monte.

Voilà. Vous êtes prévenus.

2005/03/30

"J'ai honte, Mister Murphy. J'ai honte d'avoir pensé qu'il serait facile d'assister à votre mort comme à un spectacle édifiant, j'ai honte d'avoir cru que vous pourriez demeurer jusqu'à la fin anonyme."
- Monique Proulx, Les Aurores montréales

Dehors l'hiver

"L'hiver est dehors, l'hiver tout ce temps continuait de vivre à notre insu, avec sa blancheur. [...] Les truffes à la main, je ne m'avance pas en direction de la porte, je marche dans la neige pour sentir le froid m'agresser les pieds."
- Monique Proulx, Les Aurores montréales

2005/03/29

On the road to Chibougamau

La route vers Chibougameau est longue. On part tôt le matin et le soir on laisse le soleil derrière soi.



Mais entre temps, pendant que la neige s'épaissit et que les épinettes se multiplient, des gens frissonnent sur le bord de la route isolée.


Et les coupes à blanc font honte.

2005/03/24

Nicolas Champderoses

"Éliane avait oublié que Nick Rosenfeld est grand et froid comme un paysage polaire."
- Monique Proulx, Les Aurores montréales

Ce livre ne contient pas autant de froid que je ne l'avais espéré.

Ceci est mon dernier billet avant mon départ pour le congé de Pâques. Je pars pour le Grand nord. À mardi.

2005/03/23

Miracle sur mon lit de mort

Voilà, c'est fini, je suis guéri. Un gros merci à tous ceux qui m'ont supporté dans mon épreuve.
Je profite également de l'occasion pour saluer Xenodus, qui est devenu formidable cette semaine. Bravo.

2005/03/22

Teuf teuf

Ça m'arrivait si rarement que j'en étais presque rendu à me croire immunisé, mais c'est maintenant officiel, pour la première fois depuis, oh un bon trois ans, je suis enrhumé.
Je souffre, comprenez-vous?

2005/03/21

26e jour de grève

Si ç'avait été une grève de la faim, je serais déjà mort.

2005/03/19

Samedi martini




Beaucoup de gin,
Quelques gouttes de vermouth.

Des cagoules roses contre la honte et le froid.

Je suis un chevreuil

Trouvé ce blog contenant une belle suite de billets sur les chevreuils aggrémentée de photos enneigées. Vous connaissez ma passion pour les chevreuils et le froid.

Et en plus la Française fait référence à mon blog. :)

Content de voir que mes photos servent à quelque chose.

2005/03/18

Les Panthères roses

On ne sait jamais comment les journées se passeront. Un jour on se lève et plus tard on se retrouve dans la rue avec une cagoule rose, dans une manif ayant pour figure de proue un travesti hurlant des slogans dans son porte-voix: "So-So-So... So-do-mie!"

2005/03/15

Next

Prochaine proie: Monique Proulx, Les Aurores montréales, que j'ai pris dans la bibliothèque de ma coloc. Sur la première page, en haut, elle a écrit au plomb: "1994->27/02"

Déjà, dès le début, ce livre promet beaucoup:
"Le mot "nordique" veut dire qu'il fait froid comme tu ne peux pas imaginer même si c'est seulement novembre. [...] Mais on s'habituera, c'est sûr, le chemin de la richesse est un chemin froid."

Une rafale de honte et de froid.

La Belle Bête, finalement, n'était pas si mauvais. Ce livre était froid, très froid. Ci-joint un blitz glacial et honteux.

"Tout à coup, il crut distinguer Louise et Lanz étroitement enlacés qui fuyaient entre les buissons."

"Lanz se sentait devenir froid, lui qui n'avait jamais songé à la mort ni à l'esprit-mort, lui qui n'avait que ses habits, ses femmes, les bijoux de Louise et la canne d'or."

"Michael ouvrit les yeux. Il les écarquilla et, à sa façon de la regarder, Isabelle-Marie comprit qu'il voyait. Aussitôt elle eut honte."

"Louise s'écarta du jeu d'échecs abandonné:
- Oh! Isabelle-Marie, tu viens me montrer ta petite fille?
Isabelle-Marie dissimula l'enfant et disparut dans sa chambre.
Dans un coin, Patrice soignait ses ongles comme une coquette."

"-Mère, demanda Patrice en l'embrassant, qu'y a-t-il?
- Rien, mon grand. J'ai eu si froid. Le froid me fait toujours pleurer. Tu le sais bien."

"Distraite de son mal honteux par son fils, Louise continuait de croire en sa vie, nourrie de vanité.
Mais sous le fard elle sentait souvent le pus qui se répandait. Elle enfouissait alors sa joue dans un mouchoir."

"Louise rentrait vite, prétextant qu'elle avait besoin de sommeil. Le ver mangeait perfidement sa joue."

"Effrayée par la nouvelle voix, l'enfant s'agenouilla devant Louise:
- J'ai froid, pleura-t-elle.
Quand Anne regarda sa mère elle eut plus froid encore."

"Une nuit, la main de Patrice l'aplatit sans le vouloir, cette main d'homme à moitié enfant étouffa l'araignée d'un ongle froid."

"-Bien sûr, je suis riche.
Mais sa vieille bouche nageait dans le pus."

La tisane à la mangue.

Je bois une tisane à la mangue.
Cette tisane me brûle la langue.
Au fond de ma gorge, le mucus est dissout.
Bientôt, je ne goûterai plus rien.

2005/03/13

"Ma vitre est un jardin de givre."
-Émile Nelligan, Soir d'hiver


Le sinistre frisson des choses.

2005/03/12

On ne le dirait pas, mais le printemps est presque là. L'arrivée de la saison chaude marquera-t-elle la fin de ce blogue consacré au froid? Non. Car il y aura toujours de la honte et tant qu'il y aura de la honte il y aura ce blogue.

2005/03/10

"Arrêté sur le seuil, pour la première fois, elle éprouva de la honte devant elle-même et devant cet homme qui dormait, comme si elle l'eût trouvé gisant sous sa propre peau."
- Marie-Claire Blais, La Belle Bête

"Mais Patrice était un idiot. Isabelle-Marie savait que sous ce pâle visage il y avait le lourd assoupissement de l'intelligence, la léthargie des cerveaux qui ne vivent pas. "Comme il doit faire froid derrière sa peau", pensait-elle - et elle avait honte de le voir dormir, sans trouble, protégé par l'épaule maternelle, tandis que le regard de sa mère, toute cette femme, s'appuyait sur cette seule et fragile beauté."
- Marie-Claire Blais, La Belle Bête

Marie-Claire Blais, La Belle Bête

J'ai enfin terminé Le père Goriot, non pas que ce roman soit mauvais, bien au contraire, j'ai eu un plaisir fou à le lire, mais j'ai tant traîné, j'avais hâte de passer à autre chose.

Prochaine proie: Marie-Claire Blais, La Belle Bête, qui n'est pas si bon que Une saison dans la vie d'Emmanuelle, mais qui se lit si vite que je l'ai presque déjà terminé.

Je ne sais plus trop comment ce livre est arrivé dans ma bibliothèque. À l'endos de la couverture, un ancien propriétaire a inscrit "007" avec un crayon de feutre noir. Il a fait la même chose sur le fil des pages, en bas. Sur la page-titre, on trouve une estampe de la bibliothèque de l'école Le Carrefour, à Gatineau. Non, vraiment, je ne vois pas comme ce livre a pu aboutir dans mes mains.

2005/03/06

L'amante

"Si je sens le bonheur d'être riche, c'est pour mieux vous plaire. Je suis, à ma honte, plus amante que je ne suis fille."
- Honoré de Balzac, Le père Goriot

Pouah!

" - Delphine ! tu es une...
Le père Goriot s'élança, retint la comtesse et l'empêcha de parler en lui couvrant la bouche, avec sa main.
- Mon Dieu ! mon père, à quoi donc avez-vous touché ce matin ? lui dit Anastasie."
- Honoré de Balzac, Le père Goriot

La beauté et le froid

" - Si, elle t'aime, Nasie, cria le père Goriot, elle me le disait tout à l'heure. Nous parlions de toi, elle me soutenait que tu étais belle et qu'elle n'était que jolie, elle !
- Elle, répéta la comtesse, elle est d'un beau froid."
- Honoré de Balzac, Le père Goriot

Chaleur humaine

"J'en mourrai, dit le père Goriot. Voyons, reprit-il en remuant son feu de mottes, approchez-vous toutes les deux. J'ai froid."
- Honoré de Balzac, Le père Goriot

Être un fripon

" - Mais c'est donc un fripon ?
- Eh bien ! oui, mon père, dit-elle en se jetant sur une chaise en pleurant."
- Honoré de Balzac, Le père Goriot

Les jeux de l'amour

"- Je suis si peureuse, si superstitieuse, donnez à mes pressentiments le nom qu'il vous plaira, que je tremble de payer mon bonheur par quelque affreuse catastrophe.
- Enfant, dit Eugène.
- Ah ! c'est moi qui suis l'enfant ce soir, dit-elle en riant."
- Honoré de Balzac, Le père Goriot

2005/03/02

Vautrin ira en tôle

Le métro allait bientôt quitter la station Snowdon et en attendant, les wagons se remplissaient jusqu'à ce que devant moi s'assoie une grosse fille suivie de peu par un jeune flanc mou à lunettes solaires. Ce dernier s'assoie à quelques pas d'elle et lui demande, d'une voix assez forte pour non seulement couvrir le bruit des conduites d'air, mais pour aussi remplir la voiture au grand complet: Qu'est-ce t'as, merde?

À bien y penser, il ne le lui demande pas, le ton de sa voix étant trop sec pour qu'il s'agisse d'une question, non, plutôt il lui ordonne de répondre: Qu'est-ce t'as, merde!! Et la fille de l'envoyer paître.

Je ne transcriverai pas ici tout le contenu de leur vaine conversation, il suffit simplement au lecteur de savoir que les deux tourmentés s'interpellaient dans un anglais aussi relâché que ponctué d'injures, de jurons et autres fuck! mal placés. Leur ton était celui de l'engueulade perpétuelle, blasée, familière. Et pour l'aspect visuel, il faut les voir vêtus de noir, non pas le noir qu'arborent les gothiques, mais plutôt un noir coulé dans le rock.

La fille s'est rapidement lassé de cet interrogatoire et s'en est libéré ma foi assez facilement d'un signe exaspéré. Le garçon ne pouvant tenir sa langue sale bien longtemps, il s'est aussitôt mis à la faire bruyamment claquer dans son palais jusqu'au départ du train. À partir de cet instant, ce n'était plus possible de l'entendre.

Mais le train n'avait pas encore quitté complètement la station qu'il a freiné brusquement. Le garçon s'est aussitôt mis à cracher son fiel à l'endroit de quelqu'un que je n'ai pu identifier à l'autre bout du wagon. Le traitant d'imbécilité dans toutes les nuances de la langue anglaise, il l'accusait d'être la cause de l'arrêt soudain. Il parlait fort. On n'entendait que lui, jusqu'à ce qu'un jeune noir lui demande: "Qu'est-ce t'as merde?" Et le garçon de répondre que les niaiseries de son ami avaient provoqué l'arrêt du train et que son ami était stupide et qu'il en avait assez des gens stupides, etc. De son siège, la fille renchérissait en jurant comme jappe une chienne et en approuvant tout ce que sa loque de compagnon pouvait cracher comme grossièreté.

Le noir a répondu que ces amis n'étaient pas ces amis. "Et bien si ces amis ne sont pas tes amis, ferme ta gueule.
- Ouais, ferme-la ta sale gueule, d'ajouter la fille. Pourquoi tout le monde me regarde?"
Moi, je ne regardais déjà plus depuis longtemps. J'avais le nez plongé dans Le père Goriot et j'essayais de me concentrer sur le passage où Vautrin se fait arrêter. Écouter me suffisait pour avoir une bonne idée de ce qui se passait. Surtout, ne pas lever les yeux.

- Qui te regarde? demande le garçon.
- Mais regarde! répond la fille. Et je l'aperçois du coin de l'oeil pointer des usagers en silence. Fuck! Arrêtez de me regarder!

N'en pouvant plus de tous ces regards, elle se tourne vers la fenêtre à sa gauche et essaie d'oublier. Alors que le métro reprend la route, et jusqu'à ce que je débarque à la prochaine station, elle risque un oeil ici et là et, se jugeant encore observée, retourne immédiatement la tête vers le hublot.

2005/02/23

La fatigue

"Rien ici ne vous annonce le malheur, et cependant, malgré ces apparences, je suis au désespoir. Mes chagrins m'ôtent le sommeil, je deviendrai laide."
- Honoré de Balzac, Le père Goriot

2005/02/21

Faire des enfants

«Il y a des jeunes qui viennent à mon restaurant et me disent qu'ils sont victimes de racisme. Le problème, c'est qu'ils ne font rien de bon. Ils ne vont pas à l'école, ils font des enfants à gauche et à droite, puis ils traînent dans les rues», déplore-t-il, assis derrière le comptoir de son restaurant.
- La Presse

Le froid des autres

"Mon Dieu! mais je dis des bêtises, monsieur Eugène. Il fait froid ici pour vous. Mon Dieu!"
- Honoré de Balzac, Le père Goriot

2005/02/19

Passer à autre chose

Enfin terminé la lecture des Choses cachées depuis la fondation du monde, oeuvre qui, malgré sa perspective chrétienne, n'en demeure pas moins intéressante et révélatrice. J'imagine que d'autres oeuvres de René Girard, moins tournées vous les Saintes Écritures celles-là, seraient à même de m'intéresser davantage, mais je vous le dis en toute sincérité: il est temps de passer à autre chose.

2005/02/16

Kyoto my love

Voilà, c'est aujourd'hui que ça commence, le grand projet de rendre le monde plus froid. Figer le climat pour rendre la terre plus confortable est une idée s'inscrivant parfaitement dans la lignée des grandes utopies.

En attendant le prochain front froid, voici quelques images saisissantes du retrait de l'hiver.

2005/02/11

"Quelques moments de silence s'écoulèrent, et le pauvre étudiant, par une sorte de stupeur honteuse, n'osait ni s'en aller, ni rester, ni parler.
- Le monde est infâme et méchant, dit enfin la vicomtesse."

- Honoré de Balzac, Le père Goriot

2005/02/10

La moitié gauche du scrotum

"Après avoir arraché le testicule gauche de M. Jones, Melle Monti a essayé de l'avaler mais l'a finalement recraché. Un ami de Geoffrey Jones, qui se trouvait dans une pièce voisine, l'a récupéré et le lui a immédiatement redonné en lui disant: "c'est à vous"."
- Un article du Monde

2005/02/08

Les droïdes

Je ne veux pas sombrer dans le potinage de fond de ruelles, mais ça aurait l'air que Kate Winslet et Hilary Swank sont des ROBOTS. À preuve leurs propos retenus dans un article de la BBC:


"It's like you're all going through this thing together," she said. "It's just so kind of exciting and mysterious and strange and glorious. And you're all sort of in the bubble together."
- Kate Winslet


"I'm just as in awe and humbled and speechless that I am in this position again," Swank said. "And it's certainly not any easier. You're still just as nervous, you still can't believe it."
- Hilary Swank


Les deux actrices ont répondu en trois phrases, ont remplacé les virgules d'une énumération par des and et ont commencé la phrase suivant ladite énumération par un beau gros And bien senti.

Réponses programmées.

Je me méfie.

2005/02/07

Les sels

"Certains hommes se trouvent plus à l'aise sur le terrain, devant un homme qui leur menace le coeur avec une épée, que devant une femme qui, après avoir débité ses élégies pendant deux heures, fait la morte et demande des sels."
- Honoré de Balzac, Le père Goriot

2005/02/06

C'est le pied

"- Il fait un fameux froitorama ! dit Vautrin. Dérangez-vous donc, père Goriot ! Que diable ! Votre pied prend toute la gueule du poêle.
- Illustre monsieur Vautrin, dit Bianchon, pourquoi dites-vous froitorama ? Il y a une faute, c'est froidorama.
- Non, dit l'employé du Muséum, c'est froitorama, par la règle : j'ai froit aux pieds."

- Honoré de Balzac, Le père Goriot

2005/02/03

Une chanson me hante

"L'amour a pris son temps
À travers les vents de janvier
Pour réchauffer l'hiver frileux."

- Nathalie Simard, L'amour a pris son temps, chanson-thème de La guerre des tuques

Depuis trois jours et trois nuits, sans arrêt je la fredonne.

2005/02/01

Partir plus tôt, de bon matin, est une bonne façon d'arriver tôt.
Partir plus tôt, de bon matin, est une bonne façon de voir ce qui arrive avant qu'on arrive.
Alors on se retrouve, le premier du mois, dans un file allant tout droit vers la guérite.
Je n'ai pas l'habitude de ces files matinales. J'arrive toujours trop tard.
Mais celle-ci me surprend par sa lenteur. A-t-on idée de tant traîner quand les métros viennent et repartent en pleine heure de pointe?

Rendu à mon tour, il était bien certain que je saurais de quoi il en retourne. Et j'ai vu: j'ai vu l'homme qui comptait, recomptait et re-recomptait, en chantonnant, chaque billet de banque qu'on lui donnait. Ensuite il nous donnait notre carte du mois. Puis il recomptait tout encore, s'assurant que tout y était. Puis enfin, quand tout était bien compté, et seulement à ce moment-là, non sans avoir d'abord recompté encore, il acceptait d'écouter le prochain client.

Je sais, il n'y a ni honte, ni froid dans cette histoire, seulement une petite frustration, celle d'être parti plus tôt pour arriver à la même heure que d'habitude au bureau.