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2009/02/07

La margarine

Par un beau matin ensoleillé, lors de mon premier voyage en Catalogne, ma belle-mère a mis un pot de margarine sur la table. Je me suis tout de suite arrêté de manger pour regarder, un peu ébahis, la couleur du condiment. J'ai ensuite expliqué à toute la famille que, une loi empêchant, au Québec, la margarine d'être jaune, j'avais grandi dans un monde où elle était blanche.

À moins d'être en visite, je ne mange pas de margarine. Mais mon Catalan, lui, "en beurre ben épais", comme on dit. Cette semaine, comme bien souvent, il avait laissé le pot de margarine ouvert sur la table. Cette fois, elle était jaune. Je me suis retenu de la prendre en photo. La loi est tombée. La fin d'une époque.

2009/01/12

À buse

Ce matin, je ne me suis pas laissé abuser par le vol du corbeau au-dessus de ma tête : les cris qui m'ont sorti de ma torpeur matinale ne venaient pas de cet oiseau-là. Il fallait plutôt regarder plus près du sol, dans ce buisson devant le concessionnaire Honda. Un grand oiseau hurlait, sans doute pour nous dire qu'il n'avait pas l'habitude d'être là. J'ai traversé la rue pour m'approcher un peu. En me voyant, l'animal s'est envolé dans ma direction, puis s'est perché sur un fil, juste au-dessus de moi. C'était une buse.

2009/01/05

Amour, amour...

J'ai passé les Fêtes à pleurer la Catalogne partie festoyer dans sa famille lointaine.  Le soir du 31, quand il était minuit dans son pays, j'ai fait sonner en vain son cellulaire, puis j'ai envoyé des textos. J'étais chez des amis, je leur disais, en soupirant : je ne comprends pas, la Catalogne ne répond plus.

Vers 22h00, on a sonné à la porte. Simon m'a supplié de répondre, car il n'attendait plus personne et que ce visiteur inattendu le terrifiait. Je suis allé répondre : c'était la Catalogne, plus belle encore que dans mes souvenirs.  Sur le coup, j'y croyais à peine, car elle ne devait arriver que le 6 janvier.  Mais ce 6 janvier n'était qu'un mensonge, et le 31 décembre était une surprise. La Catalogne m'a dit:  "Gousse, ça fait trois ans que nous sommes ensemble, ce soir. Je ne pouvais pas manquer ça. "

Et les convives de filmer mes larmes de joie. 

2008/05/13

Born a 12th of May

Le téléphone a sonné très tôt ce matin. Endormi, j'ai grogné à la Catalogne: "Veux-tu ben me dire qui ... oh! C'est mon frère!"
J'ai couru répondre: c'était ma mère qui m'appelait pour m'annoncer que j'étais devenu mononcle Gousse. Voilà. Pour ma belle-soeur c'est une toute autre histoire, mais pour moi, ça s'est passé tout doucement, pendant la nuit.

2008/05/05

Les beaux dimanches

Hier le chant distinctif d'un oiseau dans la ruelle me ramena brusquement à ces matins de camping au bord des lacs sablonneux entourés de pins rouges. Le soleil commençait à chauffer l'intérieur de la tente et l'oiseau nous tirait doucement du sommeil. J'ai ouvert la fenêtre pour mieux l'entendre et laisser un peu d'air frais entrer. La pluie réveillait l'odeur des arbres en fleurs et de mille autres choses dans la cour arrière. L'oiseau chantait toujours, ses pauses étaient relevées par le discret murmure des gouttes d'eau. Et aux carillons de l'église Saint-Édouard quelqu'un s'est mis à joué ce qui ressemblait à un menuet de Bach.

2007/11/14

L'aube était très froide cette année. À chaque frisson je me demandais ce que je faisais là et je prenais parfois une photo, pour me consoler de ne voir aucun gibier.

Mais soudain le bruit d'une course derrière moi : depuis la forêt un chevreuil approchait. Je l'ai vu surgir dans le bûché, puis bifurquer à gauche en m'apercevant. Au même moment, un loup, à l'opposé de l'éclaircie où j'étais terré, s'est mis à hurler, un long hurlement à glacer le sang, quelque chose de fantômatique. Puis un autre loup, et un autre, et encore un autre, bref, une meute entière de loups se lançait dans un canon d'hurlements pendant que le cerf me regardait une dernière fois avant de retourner d'où il venait.

Le cerf a disparu. Les loups se sont tus. Et tout est redevenu comme avant.

2007/06/02

Le miracle de la vie

Ce matin une jolie surprise m'attendait. Les graines de persil que j'ai semées la semaine dernière ont finalement germé. C'est la première fois que je fais pousser quelque chose.

2007/05/28

Les fraises et la table de bois

Mes promenades avec la Catalogne connaissent souvent des dénouements inattendus. L'autre jour, m'arrêtant près d'un cerisier en fleurs pour le photographier, nous fûmes surpris par des appels venant de l'autre côté de l'arbre: "Par ici! Venez photographier de ce côté!" Nous tendîmes le cou pour voir, là se déployait un jardin communautaire. Un homme arrosait son potager: "De cet angle c'est beau aussi!", ajouta-t-il.

La Catalogne et moi pénétrâmes dans les lieux. L'homme nous montra une tale de lavande: "Prenez des photos de ces fleurs, la couleur est belle, regardez." Je sautai plutôt sur l'occasion pour m'informer des modalités pour avoir un lot. L'homme me dit tout, puis il nous offrit des plants de fraises, de la ciboulette et de la menthe. Et c'était comme un miracle. On avait marché comme ça au hasard des coups de vent et voilà qu'on rentrait chez nous les bras chargés de terre et plantes qui se mangent. C'était un beau moment.

Puis ce soir, partis dans la direction opposée, nous découvrîmes un Canadian Tire. "Découvrir" n'est pas peu dire : la Catalogne n'avait jamais mis les pieds là-dedans. Elle fut à la fois émerveillée de voir tout ce qu'il y avait sur les tablettes et déçue de n'avoir pas connu cet endroit avant que ces parents ne viennent lui rendre visite. Ils nous auraient acheté tant de choses! Personnellement, ça m'a permis de sortir ma carte de crédit et de mettre des choses à moi dans l'appartement. C'est bon pour mon orgueil, de contribuer. J'ai donc acheté une table en bois, deux petits bancs, un extincteur et quelques ustensiles de cuisine. Encore une fois, nous étions partis tout simplement par pur hasard, et voilà que nous revenions les bras chargés de meubles... que nous avons mis, bien entendu, sur le balcon, à côté de nos plate-bandes de fraises et de menthe.

2007/03/05

Les poissons se cachent pour mourir

Ce matin la Catalogne a jeté un oeil au bocal des poissons : là, parmi les billes qui tapissent le fond, un néon battait des branchies. "Les poissons se cachent pour mourir", ai-je pensé, avant de me raviser. Cet animal n'aurait jamais pu se glisser lui-même sous ces billes. Il s'agissait donc d'un poisson en détresse! À l'aide d'une longue cuillère j'ai soulevé la bille qui le maintenait prisonnier. L'animal s'est aussitôt enfuie. Libre! Il était libre!

Affamé, il fonça vers la surface, où aucune miette ne flottait déjà plus. Son compagnon s'était empiffré pour deux. Mais quelque chose n'allait pas. L'ascension du petit néon était plus pénible que d'habitude. L'arrière de sa colonne vertébrale était brisé. Son dos faisait un "S". La mort le tirait vers le fond, mais il luttait ferme pour remonter à la vie. Courage, petit poisson, courage!

J'ai pris la décision de jeter un peu de nourriture dans le bocal, au risque de tuer l'autre par surnutrition. Le petit néon est arrivé tant bien que mal à la surface. Il n'arrivait qu'à saisir les plus petites miettes. Son vigoureux compagnon s'en donnait à coeur joie. Il croquait tout.

Puis soudain le pauvre petit néon s'est laissé tombé jusqu'au fond. Il agonisait. La Catalogne et moi étions convaincus que c'était fini, mais non, le courageux s'est remis à nager vers la surface. C'était devenu sa raison de vivre, mourir dignement.

Je suis allé prendre ma douche et à mon retour, le valeureux petit poisson était mort. Ses branchies ne palpitaient plus. Son corps inerte gît maintenant sur le lit de billes au fond du bocal.

2007/02/26

Souvenirs de neige à Saint-Faustin

À un moment donné, la Catalogne et moi nous sommes retrouvés seuls au milieu du Lac Ovale. C'était aveuglant de neige blanche et de ciel bleu. La Catalogne a sauté par en arrière et est atterrie à plat, sur le dos, dans la neige. Je me suis allongé sur elle et l'ai embrassée passionnément. Le plus beau moment de cet hiver.

Quelques instants plus tard, je me retrouvais dans un fossé, la neige jusqu'à la taille, à ramasser des bouteilles vides que je lançais à la Catalogne. Celle-ci, plus haut, sur la chaussée glissante, jetait tout dans le bac à recyclage que la charrue avait brutalement renversé en déneigeant.

2007/02/18

Le gin subversif

À l'entrée du bar hier, une affiche nous prévenait qu'il s'agissait d'un club privé. N'entre pas qui veut. "Nous sommes avec Manon", ai-je dit à l'entrée. Les portes s'ouvrirent devant la Catalogne et moi.

Endroit très branchés, bien léché, excellente house music, sièges et tables full design, foule cosmopolite, aisée. Les hommes étaient des hommes, les femmes étaient des femmes. Ça rutilait le clean. Pas mon monde, vraiment pas mon monde, mais l'idée de m'asseoir et de l'observer quelques minutes me plaisait bien.

J'ai dit à la Catalogne : "On se croirait dans une annonce de Baileys." Elle approuva. Puis je suis allé au bar commander deux gin tonic.

2007/02/17

Mon père

Parfois une journée commence mal avant même d'être commencée. On se traîne hors du lit à reculons. Mais le téléphone sonne et c'est son père qui dit: tsé ton chum, on aimerait bien le rencontrer.
Bang. Comme ça. Gratuitement. Ça fout par terre ces appels-là. Ça vire une journée de bord - même plus qu'une journée, parce qu'on aurait jamais cru ça possible.

2007/02/15

L'aveugle

Ce matin je traversais la rue avec un aveugle au bras. C'était la première fois que ça m'arrivait. Je ne savais trop quoi dire. Mais ça n'avait pas de sens d'avoir un homme accroché à soi et de ne rien dire, alors j'ai demandé s'il voyait un peu. "Non. Si tu ne me parles pas, je ne te distingue pas." Si aveugle qu'il ne voyait pas celui qu'il touchait.
- Avez-vous déjà vu? ai-je demandé.
- Oui, jusqu'à l'âge de quatre ans. Puis c'est parti du jour au lendemain.
Je ne savais plus quoi dire. On dit quoi, après une histoire pareille? C'est terrible? Pouah? Wow? J'ai laissé parler le silence. J'essayais d'imaginer mes souvenirs fussé-je devenu aveugle à quatre ans. J'espère qu'il a compris que mon silence n'était pas de l'ennui, mais bien du trouble.
- Comment c'est arrivé?
- La rougeole.
- Quoi, la rougeole fait ça?
Mais déjà ce n'était plus la même chose. S'imaginer avoir la rougeole à quatre ans, ce n'est pas comme s'imaginer devenir aveugle. Et puis j'ai déjà eu la rougeole - bien avant mes quatre ans, en plus. "He ben", me suis-je entendu dire à mon plus grand déplaisir.

Finalement j'ai marché avec cet homme jusqu'à la rue suivante, le prévenant de la présence de glace ou de congère sur notre chemin. Nous avons traversé Châteaubriand ensemble, puis je l'ai laissé continuer seul dans la bourrasque. J'avais dépassé ma destination et devais rebrousser chemin.

En lui souhaitant la bonne journée, j'ai été étonné que l'homme ne se retourne pas pour me remercier. Mais je crois maintenant que ce doit être tout à fait normal, pour un aveugle, de ne pas se retourner.

2007/01/22

Un miracle

Ça aurait pu se passer au bord d'un lac, ça s'est plutôt passé dans ma cuisine. Il aurait pu y avoir trop d'invités pour la quantité de nourriture, c'est plutôt le nombre de place autour de notre petite table qui nous inquiétait. Mais nous avons quand même mis le couvert pour six, ajouté les deux chaises du balcon, puis tout le monde s'est assis. Et Simon de s'exclamer: "Mais il y a assez de places ! moi qui croyais qu'on allait être tout pognés !"

Le rhume court toujours

Lundi... une semaine de rhume.

Dévalisation

C'est quelque chose, quand même, d'arriver au bureau un lundi matin et d'apprendre qu'on a été dévalisés durant le weekend. Ça donne froid, un peu.

Ma base de données de tests est disparue. Snif snif.

2007/01/18

C'est si rare que je tiens à le noter : j'ai le rhume, depuis lundi soir.

2007/01/16

Des baisers sur la neige

Aujourd'hui j'ai eu le bonheur d'aider une vieille dame à traverser l'autoroute. Elle s'est accrochée à mon bras, car la neige accumulée rendait la marche difficile. Et à la fin, elle m'a envoyé des baisers pour me remercier.